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Ouvrir un mur porteur dans un immeuble haussmannien : les étapes

Par les ingénieurs de 3G CIVIL · · 5 min de lecture

Ingénieur traçant à la main un plan de structure à son bureau

Réunir la cuisine et le séjour, agrandir une entrée, créer une suite parentale : dans un appartement haussmannien, ces projets butent souvent sur un mur épais que l'on soupçonne d'être porteur. Il l'est souvent. L'ouvrir reste possible, et se fait couramment à Paris, à condition de respecter un ordre précis.

Voici comment ces immeubles sont construits, comment on reconnaît un mur porteur, et les étapes qui mènent de l'idée au chantier : l'étude, l'accord de la copropriété, puis les travaux.

Comment est construit un immeuble haussmannien

Les immeubles bâtis à Paris entre le Second Empire et la Première Guerre mondiale suivent un schéma assez constant. La façade sur rue est en pierre de taille, le mur sur cour souvent en moellons ou en brique. À l'intérieur, des murs de refend en maçonnerie partagent le bâtiment et portent les planchers.

Ces planchers varient selon l'époque et le standing de l'immeuble. Les plus anciens sont en bois : des solives posées d'un mur à l'autre. À partir du milieu du XIXe siècle, les solives en fer se généralisent, avec un remplissage en plâtre entre elles. Le sens des solives est décisif : un mur sur lequel elles s'appuient reçoit le poids des planchers, un mur qui leur est parallèle en reçoit beaucoup moins.

S'y ajoutent les cloisons en pan de bois, une ossature en bois remplie de plâtre ou de briques. En principe, elles ne portent rien. Avec le temps et la déformation des planchers, certaines finissent pourtant par reprendre une partie des charges : une cloison mince n'est donc pas forcément sans rôle.

Le mur est-il porteur ?

Quelques indices orientent, sans remplacer l'avis d'un ingénieur :

  • l'épaisseur : un refend maçonné mesure souvent 30 cm ou plus, une cloison une dizaine de centimètres ;
  • la position : le mur se retrouve au même endroit à chaque étage et descend jusqu'aux caves ;
  • le sens des solives, visible parfois depuis la cave ou à la faveur d'un faux plafond déposé ;
  • les plans anciens, que le syndic ou l'architecte de l'immeuble possèdent parfois.

Le règlement de copropriété range en général les murs porteurs dans les parties communes, même lorsqu'ils se trouvent à l'intérieur d'un appartement. C'est ce qui rend l'accord de la copropriété obligatoire.

Étape 1 : l'étude structure

L'ingénieur commence par une visite : relevé du mur, sondages pour connaître sa composition, repérage du sens et de la nature des solives, examen de ce qui se trouve au-dessus et en dessous. Il établit ensuite la descente de charges, c'est-à-dire le poids que le mur reprend : planchers et cloisons des étages supérieurs, parfois une partie de la toiture.

Il dimensionne alors la poutre qui remplacera le mur. C'est souvent un profilé en acier, ou deux profilés placés de part et d'autre du mur et reliés entre eux, que l'on peut poser avant de démolir. La poutre doit résister, mais aussi très peu fléchir, car la maçonnerie qu'elle porte supporte mal la moindre déformation.

Les appuis comptent autant que la poutre. À chaque extrémité, toute la charge se concentre sur une petite surface de maçonnerie ancienne, qu'il faut parfois renforcer par un sommier en béton ou un poteau. Cette charge doit ensuite descendre jusqu'au sol : si l'appartement du dessous a déjà ouvert le même mur, l'étude doit en tenir compte.

L'ingénieur remet une note de calcul et des plans d'exécution, avec le phasage et l'étaiement à prévoir. Ce dossier sert à la fois à la copropriété et à l'entreprise. Notre bureau d'études réalise ces études d'ouverture de mur porteur à Paris et en Île-de-France.

Étape 2 : l'accord de la copropriété

Les travaux qui touchent aux parties communes doivent être autorisés par l'assemblée générale. Lorsqu'un copropriétaire les fait réaliser à ses frais, le vote a lieu à la majorité de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 : la majorité des voix de tous les copropriétaires, présents ou non.

Pour préparer ce vote, transmettez au syndic, avant l'envoi de la convocation, la note de calcul, les plans, la description du chantier et l'attestation d'assurance de l'entreprise. Beaucoup de copropriétés demandent aussi que l'architecte de l'immeuble ou un bureau de contrôle vérifie le dossier, aux frais du demandeur.

L'assemblée générale n'a souvent lieu qu'une fois par an. Une assemblée extraordinaire reste possible, mais elle a un coût. Mieux vaut lancer l'étude assez tôt pour que la question figure à l'ordre du jour de la prochaine assemblée.

Urbanisme : le cas des secteurs protégés

Une ouverture intérieure ne demande en général aucune autorisation d'urbanisme. Il existe des exceptions. Dans les secteurs couverts par un plan de sauvegarde et de mise en valeur, comme le Marais ou une partie du 7e arrondissement, les intérieurs peuvent être protégés. Dans un immeuble classé ou inscrit au titre des monuments historiques, les travaux sont eux aussi encadrés. Renseignez-vous auprès du service de l'urbanisme avant de présenter votre projet en assemblée.

Étape 3 : le chantier

L'ordre des opérations est fixé par l'étude. Il suit en général ce déroulé :

  • étaiement des planchers de part et d'autre du mur ;
  • pose d'« aiguilles », pièces métalliques qui traversent le mur et reposent sur des étais, pour soutenir la maçonnerie située au-dessus de l'ouverture ;
  • réalisation des appuis, puis mise en place de la poutre ;
  • calage de la poutre contre la maçonnerie au mortier sans retrait, pour qu'elle reprenne la charge sans que le mur descende ;
  • démolition du mur sous la poutre une fois le mortier durci, puis dépose des étais.

Une visite de l'ingénieur une fois la poutre posée, avant la démolition, est vivement conseillée. De petites fissures dans les cloisons voisines restent possibles : un constat de l'état des appartements du dessus et du dessous avant les travaux évite bien des discussions ensuite.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il prévoir ?

Comptez quelques semaines pour l'étude, puis le délai jusqu'à l'assemblée générale, qui est souvent le plus long. Le chantier de structure lui-même dure en général quelques jours, hors finitions.

Peut-on supprimer le mur sur toute sa longueur ?

Parfois, mais c'est rarement le plus raisonnable. Plus l'ouverture est large, plus la poutre est haute et lourde, et plus les charges aux appuis sont fortes. Conserver un retour de mur à chaque extrémité facilite souvent les appuis et réduit le coût.

Qui est responsable si des fissures apparaissent chez un voisin ?

Le copropriétaire qui fait réaliser les travaux, ainsi que l'entreprise qui les exécute. C'est pour cela que l'assemblée exige une attestation d'assurance, et qu'un constat avant travaux est utile à tout le monde.

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