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Plancher ancien qui s'affaisse à Paris : causes et réparations

Par les ingénieurs de 3G CIVIL · · 6 min de lecture

Ingénieur structure examinant une fissure au plafond d'une cage d'escalier

Un parquet qui descend vers le milieu de la pièce, des fissures parallèles au plafond de l'appartement du dessous, une baignoire qui semble s'enfoncer : dans les immeubles anciens de Paris, ces signes trahissent souvent un plancher fatigué. Il porte pourtant le même poids depuis plus d'un siècle, la plupart du temps sans faire parler de lui.

Le plus souvent, ce n'est pas l'âge qui l'affaiblit, mais l'eau et les travaux. Voici comment sont faits ces planchers, ce qui les abîme, comment l'ingénieur établit son diagnostic et quelles réparations sont possibles, sans oublier le rôle de la copropriété.

Bois ou fer : deux familles de planchers

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, les immeubles parisiens reçoivent des planchers en bois. Des solives de chêne ou de sapin franchissent la pièce d'un mur à l'autre. Entre elles, un remplissage de plâtre et de gravats alourdit le plancher et atténue les bruits. Le parquet est cloué par-dessus, le plafond en plâtre accroché en dessous.

À partir des années 1850 environ, le fer prend le relais. Des solives métalliques en forme de I, espacées de quelques dizaines de centimètres, sont reliées par de petits fers transversaux noyés dans un hourdis de plâtre. Ces planchers, très répandus dans le bâti haussmannien, sont plus minces que les planchers en bois et franchissent de plus grandes portées. Au-dessus des caves, on trouve souvent des voûtains de briques posés entre des fers.

Les deux familles cohabitent fréquemment dans un même immeuble, au gré des surélévations et des réparations successives. Seul un sondage permet de savoir ce qui se cache sous un parquet donné.

Ce qui affaiblit un plancher

Un plancher ancien bien entretenu vieillit lentement. Les désordres sérieux ont presque toujours une cause que l'on peut identifier :

  • l'eau : une fuite lente sous une douche, un joint de baignoire défaillant ou un dégât des eaux mal séché suffisent à faire pourrir une solive en bois ou à faire rouiller une solive en fer ;
  • les entailles : l'évacuation d'un WC ou d'une douche à l'italienne fait passer un tuyau à travers les solives, que l'on entaille, voire que l'on coupe, pour lui faire de la place ;
  • les charges ajoutées : chape et carrelage à la place du parquet, cloisons en briques ou en carreaux de plâtre, baignoire en fonte, bibliothèque murale, piano ;
  • les trémies : un escalier de duplex ou un passage de gaine découpé dans le plancher sans reprendre les solives interrompues ;
  • les insectes et les champignons, qui s'attaquent au bois humide ou mal ventilé, en particulier près des façades et des murs mitoyens.

Ces causes s'additionnent souvent. Une salle de bains refaite il y a vingt ans, avec une chape épaisse, une évacuation qui entaille deux solives et un joint qui fuit discrètement, réunit à elle seule les trois premières. Pour donner un ordre de grandeur, 5 cm de chape pèsent environ 110 kg par mètre carré, à comparer aux 150 kg par mètre carré que les règles de calcul actuelles prévoient pour l'usage d'un logement.

Le cas des solives en fer qui rouillent

La corrosion des planchers métalliques est l'un des désordres les plus caractéristiques du bâti parisien. La rouille occupe plusieurs fois le volume du métal dont elle provient : en gonflant, elle pousse sur le plâtre qui enrobe la solive et le fait éclater.

Au plafond de l'étage inférieur, cela se traduit d'abord par des fissures droites et parallèles, espacées régulièrement, qui suivent le tracé des solives. Viennent ensuite des cloques, des taches brunes, puis des morceaux de plâtre qui se détachent. Au-dessus, le carrelage peut se fendre dans le même sens.

Une solive qui rouille perd peu à peu de sa section, mais elle reste souvent capable de porter longtemps après l'apparition des premières fissures. Le danger le plus immédiat est la chute de plâtre ; la perte de résistance vient plus tard. Encore faut-il la mesurer plutôt que la supposer.

Les signes à surveiller

  • un parquet qui penche ou forme un creux au milieu de la pièce ;
  • un plancher qui vibre ou rebondit au passage nettement plus qu'avant ;
  • des fissures au plafond du dessous, droites et parallèles, ou qui rayonnent depuis un point ;
  • des portes qui frottent en partie haute dans les cloisons posées sur le plancher ;
  • un carrelage qui se fend, des plinthes qui se décollent du sol ;
  • des traces d'humidité ou de rouille au plafond, sous une salle de bains ou une cuisine.

Un plancher ancien n'est presque jamais parfaitement plat : une légère flèche, stable depuis des décennies, n'a rien d'inquiétant. Ce qui doit alerter, c'est un changement : une flèche qui augmente, des fissures nouvelles, une souplesse qui n'existait pas. Si du plâtre se décolle par plaques ou si le plancher s'enfonce visiblement, faites dégager la zone et prévenez le syndic sans attendre.

Le diagnostic de l'ingénieur

La visite commence par un relevé : mesure de la flèche au niveau laser, repérage des fissures au plafond du dessous, recherche des zones humides. L'ingénieur ouvre ensuite le plancher à quelques endroits choisis, en déposant une lame de parquet ou en perçant le plafond, pour voir la nature, la section et l'état des solives. Il regarde en particulier leurs extrémités engagées dans les murs, là où l'eau et la pourriture se logent le plus souvent.

Il vérifie enfin par le calcul ce que le plancher peut porter dans son état réel, avec les charges qu'il supporte aujourd'hui. C'est cette vérification qui permet de choisir entre une simple surveillance, une réparation localisée ou un renforcement plus large. Notre diagnostic structure donne lieu à un rapport sous 72 heures, avec les mesures conservatoires à prendre si la situation l'exige.

Les réparations possibles

Quelle que soit la solution retenue, la première étape consiste à supprimer la cause : réparer la fuite, assécher, retirer une charge excessive. Ensuite, selon l'état des solives :

  • Solives en bois : purge des parties pourries, traitement contre les insectes et les champignons, puis moisage, c'est-à-dire le doublement de la solive par une pièce de bois ou un profilé métallique boulonné contre elle. Une solive trop atteinte est remplacée.
  • Solives en fer : dégagement de la solive, brossage jusqu'au métal sain, traitement anticorrosion, puis renfort par un profilé accolé si la section restante ne suffit plus.
  • Entailles et trémies : reprise des solives coupées sur une pièce transversale, le chevêtre, qui reporte leur charge sur les solives voisines.
  • Renforcement d'ensemble : ajout de solives intermédiaires, ou dalle mince en béton reliée aux solives existantes pour qu'elles travaillent ensemble.

La solution qui paraît la plus robuste n'est pas toujours la meilleure. Une dalle en béton coulée sur un plancher ancien ajoute beaucoup de poids, que les murs et les fondations devront porter jusqu'au sol. Dans un immeuble ancien, alléger compte souvent autant que renforcer : remplacer une chape lourde par une chape sèche, par exemple, peut suffire à rendre de la marge au plancher.

Copropriété : qui décide, qui paie ?

En copropriété, les solives font partie du gros œuvre. Le règlement de copropriété les range presque toujours dans les parties communes, et la loi du 10 juillet 1965 les présume communes lorsqu'il ne dit rien. Le parquet et le plafond en plâtre relèvent en général des parties privatives. La réparation de la structure d'un plancher revient donc au syndicat des copropriétaires, par l'intermédiaire du syndic, même lorsque le plancher se trouve dans votre appartement.

Si le désordre vient d'une fuite ou de travaux réalisés chez un copropriétaire, le syndicat peut se retourner contre lui et son assureur. Un rapport qui établit la cause, et pas seulement l'état du plancher, prend alors toute son importance.

Vous prévoyez de déplacer une salle de bains, de créer une trémie ou d'ouvrir un mur ? Faites étudier le plancher avant les travaux. Dès qu'ils touchent aux solives, l'autorisation de l'assemblée générale est nécessaire, comme pour l'ouverture d'un mur porteur.

Questions fréquentes

Un plafond fissuré signifie-t-il que le plancher va céder ?

Non, dans la grande majorité des cas. Le plafond en plâtre est fragile et se fissure au moindre mouvement. Des fissures droites et régulières peuvent toutefois signaler des solives en fer qui rouillent, et des plaques qui se décollent présentent un risque de chute. Dans les deux cas, un examen s'impose, sans affolement.

Peut-on poser du carrelage sur un plancher en bois ancien ?

Souvent, mais pas n'importe comment. Une chape traditionnelle alourdit beaucoup le plancher, et le carrelage supporte mal ses mouvements : il se fend. Il existe des solutions légères, comme les panneaux, la chape sèche ou les nattes de désolidarisation. Un ingénieur vérifie d'abord ce que le plancher peut recevoir.

Faut-il refaire tout le plancher ?

Rarement. Les désordres se concentrent le plus souvent sous les pièces d'eau et aux extrémités des solives. Après sondages, une réparation localisée suffit dans bien des cas. C'est tout l'intérêt d'un diagnostic précis : ne traiter que ce qui en a besoin.

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